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3 Questions à … Philippe Rocca, Public Lighting Business Unit Director chez Teconex

En ce qui me concerne la notion de qualité dans l’éclairage et le traitement des nuisances sont pratiquement nées en même temps que mon expérience dans le domaine, il y a une vingtaine d’années. 

J’ai eu la chance de rencontrer, par exemple, Mr Desmet qui était le Directeur du Bureau d’Etudes des Techniques Spéciales de la ville de Mons.  Il m’a montré que l’on pouvait éclairer moins mais mieux.  On peut atteindre des résultats en termes de confort, de sécurité, de bien-être, de lutte contre le vandalisme sans pour cela devoir mettre des quantités de lumières indécentes.  Cela a percolé en moi et j’en ai fait mon angle d’attaque principal pour tous les projets qui me sont confiés.  Que l’on travaille la source lumineuse, les optiques ou les positions des éclairages il y a toujours une solution pour impacter le moins possible notre environnement.  Il s’agit toujours d’un équilibre entre les différents utilisateurs de l’espace public (riverains, usagers faibles, usagers forts, biodiversité, public).

Philippe Rocca – Teconex
Quelle est votre vision de l’éclairage en 2050 ?

La question est complexe. Nous sommes à un tournant de l’éclairage par sa digitalisation.  Tout passe aux leds aujourd’hui.  Un grand changement s’opère aussi dans l’automobile.  On sent bien que l’on se dirige vers des véhicules qui seront de plus en plus autonomes.  Je pense qu’il y aura une liaison entre les déplacements des usagers et l’éclairage.  L’éclairage va sans doute s’adapter aux différents usagers (cyclistes, automobiles, piétons).  La technologie actuelle va dans ce sens, en intégrant différents types de capteurs qui mesurent la présence, le bruit, la pollution, la congestion automobile, qui font du comptage … et qui peuvent donner des informations pour faire varier cet éclairage.  D’un autre côté, la conscience climatique s’installant, enfin vais-je dire, les projets se voient modifiés et des critères tels que les impacts environnementaux et sociaux sont de plus en plus mis en avant.  Cela s’accentuera à coup sûr.  

Et si la maxime « Ne pas juste éclairer mais éclairer juste » pouvait devenir un leitmotiv ?  Et si tous ensemble nous pouvions avoir du poids pour le bien-être humain mais également animal et environnemental ?

Quelle est, selon vous, l’innovation la plus prometteuse pour contrer la pollution lumineuse ?

Je voudrais tout de même en évoquer deux, à savoir le travail des optiques autour de la led et les technologies de détection des utilisateurs dans l’environnement.  La led, sa puissance et son efficacité sont aujourd’hui un facteur essentiel.  En-dehors d’elle on a évidemment une optique qui va permettre d’amener la lumière produite par cette led où l’on veut qu’elle soit la plus efficace.  Les fabricants d’optiques vont avoir un grand rôle à jouer.  Certains travaillent sur l’éclairage laser (il s’agit là aussi de leds mais d’un autre type) et l’industrialisent déjà à grande échelle dans le monde automobile.

La technologie de détection des différents usagers va permettre d’adapter l’éclairage aux besoins nécessaire.  Aujourd’hui on éclaire de manière uniforme avec de plus en plus régulièrement un délestage de l’éclairage pendant la nuit. Les technologies de détection vont pouvoir nous faire savoir qui utilise notre environnement et donner des ordres à l’éclairage.  Pourquoi, par exemple, éclairer une voirie reliant deux communes en permanence s’il n’y a que quelques véhicules qui y passent par nuit. La détection va permettre de faire varier cet éclairage en fonction du besoin et donc avoir un impact direct sur les consommations, la nuisance lumineuse mais aussi la biodiversité.

La pollution lumineuse a des causes multiples mais certaines peuvent être facilement combattues :  Avoir des appareils d’éclairage qui n’émettent pas de lumière vers le haut, restreindre voir interdire l’éclairage encastré de sol qui éclaire vers le haut, diminuer les intensités de manière automatique, réguler les enseignes lumineuses la nuit, bref chacun qu’il soit citoyen, commerçant, industriel ou décideur politique peut amener sa pierre à l’édifice. 

A l’heure où la voiture devient autonome, les routes devraient-elles être autant éclairées ?

Cela va essentiellement dépendre de la part de véhicules autonomes.  L’éclairage des voiries a été imaginé pour la sécurité des usagers et des riverains.

Des expériences sont en cours à plus ou moins grande échelle.  La Wallonie se dote aujourd’hui d’un réseau d’éclairage autoroutier intelligent.  Ils ont décidé de pouvoir faire varier l’éclairage en fonction de l’occupation, des dangers, de la météo et d’autres facteurs mesurables.  Mais il est vrai qu’à terme lorsqu’il n’y aura plus que des véhicules autonomes, la question concernant l’éclairage des voiries devra être abordée.

Il faudra évidemment toujours jongler entre les différents utilisateurs de l’espace public.  Le véhicule autonome ne nécessitera pas ou de moins de lumière, mais les cyclistes, les piétons sont aussi des usagers dont il faudra continuer à prendre en compte. 

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Scientific research and light pollution – A bibliometric analysis of 2019

During 2019, the topic of light pollution was highly considered by scholars over the world. A total of 110 publications were published in indexed journals : Clarivatehttps://clarivate.com/.

These articles were published in a total of 86 different journals about biological sciences (e.g. Biological Conservation, Biological Letters, etc.), ecology (e.g. Ecological Indicators, Ecography, etc.), environmental miscellanea (e.g. Sustainability, Science of the Total Environment, Scientific Reports, etc.), engineering and urban geography (e.g. Photonics Letters of Poland, Urban Studies, etc.) or air quality and pollution (e.g. Astrophysics and Space Science, Environmental Pollution, etc.).

However, it is worthy to note that there are also papers related to human health because, during the last years, some new hypothesis are developed regarding the negative impacts of light pollution on circadian rhythms, intern clock or sleep disruption and even, cardiovascular diseases. Finally, it is relevant to the new research line conducted by some groups related to the negative impacts of light pollution on astronomic tourism. Of about 86 papers were classified as research articles, 16 as review papers and the rest as editorials, short communications and reports. This shows the relevance of this topic for the scientific community to :

    1. group all the scientific investigations related to the topic
    2. highlight that more research is needed yet to be conducted in some hot topics such as animal behaviour, human health or sensor designs.

The methods are very broad, considering :

    • acoustically monitoring
    • laboratory tests
    • light trapping
    • medical surveys
    • remote sensing techniques 
    • literature review

Paying attention to the countries where the different investigations were conducted, they were widely distributed along the five continents, being representative the studies conducted in Argentina, Brazil, Chile, Australia, Germany, Belgium, Italy, Germany, Spain, China or USA.

Example of a light pollution haze in a large urban city © free of rights picture

The research team at Trier University is preparing a bibliometric analysis of this topic considering the last 15 years of publications in indexed journals. We strongly consider that this will benefit to improve the understanding of light pollution as an environmental concern for humans and natural ecosystems.

In charge of the Smart Light HUB project at the University of Trier :

  • Dr Jesús Rodrigo-Comino  
  • Stephan Seeling 
  • Dr Christel Egner-Duppich  
  • Teresa Benzing  
  • Ashwini Trivedi  
  • Dr Manuel Seeger  
  • Prof. Dr. Johannes B. Ries

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3 questions à … Laurent Spithoven, gestionnaire de projets au Parc Naturel de l’Our, Luxembourg

Diplômé en écologie, Laurent Spithoven a rejoint en 2012 les équipes du Parc Naturel de l’Our, syndicat intercommunal réunissant 8 communes rurales au Nord du Luxembourg, dont l’objectif principal est la conservation des paysages dignes de protection, tout en permettant le développement économique dans la région. A partir de 2012, Laurent est devenu gestionnaire de projet au sein du Parc Naturel de l’Our et s’occupe principalement  de projets environnementaux comme Le Partenariat de cours d’eau et le Pacte Climat, programme national de protection du climat qui soutient les efforts des communes participantes / membres pour réduire la consommation d‘énergie et les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire communal.

A partir de janvier 2017, Laurent est en charge du projet Interreg Europe Night Light dont l’objectif est de lutter activement contre la pollution lumineuse d’ici à 2021 et de valoriser davantage l’obscurité naturelle du ciel nocturne ; début 2019 le Parc est devenu partenaire méthodologique du projet Interreg Smart Light-Hub.

Laurent Spithoven – Naturpark Our © Joëlle Mathias
Comment agissez-vous au quotidien pour limiter votre impact sur la pollution lumineuse ?

C’est une question assez compliquée ! Le projet Interreg Europe Night Light a la possibilité d’établir une stratégie régionale afin de lutter contre et limiter la pollution lumineuse. On a profité de cet échange européen pour s’informer sur le sujet et en savoir plus sur la pollution lumineuse et quels en sont les effets néfastes sur l’environnement. L’objectif de ce projet est d‘établir un plan d’action régional pour réagir à la problématique de la pollution lumineuse et afin de valoriser la qualité naturelle du ciel nocturne.

Ciel nocturne – Naturpark Our © Pierre Haas

Afin d’atteindre ces objectifs, nous avons commencé par demander à nos communes membres de participer à la création d’un groupe de travail régional, auquel se sont joints d’autres acteurs locaux et régionaux intéressés par cette thématique ; nous avons également invité des acteurs nationaux à participer. Le résultat de ce travail est un plan d’action que nous avons finalisé fin 2019 et posé sur 3 piliers : 

Ier pilier : faire des projets pilotes pratiques avec les communes, afin de réaliser une amélioration de l’infrastructure de l’éclairage public, dans le but que ce projet nous aide à trouver les meilleures solutions et avoir un échange avec tous les acteurs afin de voir quelles sont les solutions techniques. Ces projets ne sont pas réalisables sans l’expertise des personnes qui ont les connaissances en la matière, c’est à dire du IIème pilier.

Le IIème pilier consiste en la mise sur pieds d’un conseil en éclairage, qui a débuté en 2019 et qui est en train de conseiller les communes, les entreprises et les habitants (les 3 publics cibles du projet) au niveau de l’existence d’un bon éclairage qui respecte l’environnement et explique la problématique de la pollution et de ce qu’on peut faire pour l’éviter. Ce IIème pilier avec ce conseil nous aide à réaliser le Ier pilier en entrant en contact avec les PME et les habitants de la région.

C’est ainsi que nous arrivons au IIIème pilier du projet : le grand public. L’information sur la problématique et la sensibilisation du public large à la thématique de la pollution lumineuse. Même si dans les années précédentes nous avons travaillé pour expliquer ce qu’est la pollution lumineuse, on observe le fait qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ne savent pas ce qu’est cette problématique, car c’est une matière complexe ; il faut que le public comprenne en quoi elle consiste et ce qu’il faut faire pour la combattre.

Dans le IIIème pilier nous avons mis sur pieds le Festival Night Light & More, festival qui transgresse ou touche toujours la problématique de la pollution lumineuse, mais à travers des activités qui invitent à une expérience qui peut être culturelle ou naturelle (balades, festivités, marches) et qui aide le public à prendre conscience de la problématique de la pollution lumineuse. On veut ainsi informer le public sur le sujet et le sensibiliser à la pollution lumineuse, lui expliquer ce qu’il peut faire pour améliorer la situation.

Selon vous, comment peut-on combiner éclairage respectueux de l’environnement et développement durable ?

L’un implique l’autre : si on installe un éclairage respectueux de l’environnement, c’est quelque chose qui est en totale concordance avec le développement durable. Ce qui est très important à savoir c’est que notre habitude d’éclairer lors du dernier siècle a changé : on s’est habitué à tout éclairer et on trouve que c’est important d’éclairer les villes et les villages. A cela, s’ajoute le devoir d’allumer les lampes pendant la nuit et c’est devenu une habitude de voir les lampadaires allumés même à 3h du matin. Cette habitude est une des causes de la pollution lumineuse car on n’a pas pensé aux effets néfastes de la lumière sur l’environnement. Aujourd’hui, on est conscient de la problématique de la pollution lumineuse et on a des solutions techniques pour l’éviter et pour montrer qu’un éclairage respectueux de l’environnement est possible.

Nuit dans la vallée de l’Our – Naturpark Our © Pol Bourkel

Au niveau du développement durable, la grande question est « comment peut-on repenser nos habitudes ? ». On éclaire pour une raison : qu’il s’agisse pour une question de sécurité, d’orientation, de sécurité au travail, etc… et l’idée n’est pas de dire que maintenant « on doit tout éteindre », car notre société est en train de se développer du point de vue démographique, économique et industriel. Parce que l’on sait qu’il existe des problèmes avec l’éclairage, il faut pouvoir être capable d’utiliser l’éclairage de manière responsable, en le combinant à des solutions techniques respectueuses de l’environnement, en parallèle à notre développement économique . L’intégration de ces principes d’utilisation de l’éclairage dans nos habitudes d’utilisation de la lumière est une des solutions. Et si on arrive à faire comprendre cela et surtout à le réaliser, on contribue au développement durable de notre société.

Prenons un exemple : si on informe les habitants d’un village qu’il y a une grande colonie de chauves-souris installée dans l’église du village et qu’en parallèle on informe les habitants que l’éclairage public à un impact négatif sur la vie de la colonie de ces animaux nocturnes ; il serait plus simple d’expliquer aux habitants qu’il faudrait éteindre les lampes à partir de certaines heures dans la nuit pour que les chauves-souris puissent avoir leur place. Mais pour arriver à ce niveau de compréhension, il faut beaucoup travailler au niveau de la sensibilisation. Si la population comprend qu’on peut éclairer d’une autre manière, par exemple en diminuant de 50 % l’éclairage dans le village à partir de 22h, ils seront d’accord car on leur a expliqué au préalable.

Quelle est, selon vous, l’innovation la plus prometteuse pour lutter contre la pollution lumineuse ?

L’innovation la plus prometteuse est aussi l’innovation la plus dangereuse : La technologie LED.

Car l’actuelle LED augmente la pollution lumineuse en Europe (c’est démontré que les spectres bleus occupent une grande partie dans la composition de la lumière et ces spectres bleus polluent plus, car ils sont beaucoup plus dispersés dans l’atmosphère que d’autres spectres. Les LED de 1ère génération avaient une lumière très froide, avec un haut pourcentage de spectre bleu ce qui a amené à une rapide augmentation globale de la pollution lumineuse.  Mais ce n’est pas impossible de limiter le spectre bleu dans la composition de la lumière.

De l’autre côté, les LED offrent plus de possibilités d’intervention et d’efficacité, comme par exemple :

  1. Diminuer la consommation énergétique
  2. Orienter et offrir plus de possibilités d’adapter la puissance des LED à la nécessité de l’éclairage  
  3. Faire des full CUT-OFF (les lentilles des LED peuvent être utilisées très finement …. )

On peut faire des lignes d’éclairage, par exemple seulement sur la route ou seulement sur un trottoir, dans le but de faire des couloirs de lumière ; c’est plus facile qu’auparavant avec les ampoules au sodium qui étaient plus diffuses au niveau de l’éclairage. Et cela, c’est un grand atout de la LED ! On peut avoir des répartitions très fines, car on peut éclairer, diriger ce que l’on veut et de la manière que l’on veut.

Il y aura toujours un besoin en éclairage public, mais il faut le repenser, se demander si le besoin est toujours celui d’il y a 50 ans. Le Guide National de l’Eclairage Public au Luxembourg est un document très important car il donne des indications très précieuses aux autorités publiques pour aborder la lutte contre de la pollution lumineuse. Le Parc de l’Our, vu son expérience et son implication dans la problématique de la pollution lumineuse a contribué en tant qu’expert aux groupes de travail mis en place par le Ministère de l’Environnement pour la réalisation de ce guide, document qui est disponible sur leur site.

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L’éclairage public – Partie 1 : à l’aube de notre histoire …

La lumière, et plus largement l’éclairage, fait partie de nos vies mais aussi de notre Histoire. Si la maîtrise du feu a amorcé l’évolution de notre espèce – lui permettant notamment de continuer à s’éclairer une fois la nuit tombée –, la lumière artificielle a permis à l’homme de doter son environnement des conditions de luminosité nécessaires à ses activités, à sa sécurité et à son agrément… Tout en le bouleversant.
Retour sur un couple vieux comme le monde : l’éclairage public et la pollution lumineuse.

Le processus de colonisation de la nuit a débuté avec la domestication du feu au Paléolithique. À partir du 2e siècle après Jésus-Christ, de grandes cités romaines possèdent un éclairage ponctuel, qui aurait ensuite reculé durant le Moyen Âge. Les premiers luminaires auraient été installés dans les rues aux 15e et 16e siècles mais c’est au siècle suivant, durant la seconde moitié du 17e siècle, que l’éclairage public est mis en place dans les grandes villes européennes.

Antiquité et Moyen-Âge : prémisses et soubresauts

Entre le Paléolithique, au cours duquel l’homme apprend à domestiquer le feu, et l’époque médiévale, l’obscurité n’a pas été apprivoisée, mais elle s’est adoucie, pour le moins dans les grandes villes, dès le 2e siècle après Jésus-Christ. Les rues, les maisons et les édifices publics pouvaient être éclairés à grande échelle ; ainsi, à Rome, des spectacles nocturnes étaient régulièrement donnés et les thermes étaient également quelquefois ouverts la nuit[1]. Dans et autour des cités antiques illuminées, on observe déjà que les oiseaux tournoient autour des phares et que les papillons sont attirés par les lumières.

“Où l’éclairage de nuit rivalise avec la clarté du jour !”

Citation d’Ammien Marcellin au sujet de la ville d’Antioche, Livre XIV, I, 9.

La période médiévale est relativement pauvre en sources pouvant révéler l’existence d’un éclairage artificiel élaboré. Pourtant, quelques traces subsistent. C’est ainsi qu’en 1258, afin de palier au problème d’insécurité des villes, le roi de France Saint-Louis émet une ordonnance par laquelle « chaque propriétaire était tenu d’éclairer par un pot à graisse la façade de sa maison sous peine d’amende et de prison »[2], initiative qui rencontre peu de succès auprès des populations, qui rechignent à assumer de nouvelles dépenses et craignent les potentiels risques d’incendies. En réalité, jusqu’à la fin du Moyen Âge, la lumière artificielle reste un privilège dont l’usage est réservé aux puissants et à l’Église[3]. Aussi, le manque de démarches réussies en matière d’éclairage public durant l’ère médiévale s’accompagne d’une absence de témoignages quant à d’éventuelles observation de pollution lumineuse.

Durant la Renaissance, les entreprises pour éclairer davantage les espaces publics n’eurent guère plus de succès. Les ordonnances se succédèrent sans quelles ne soient véritablement respectées. 

Temps modernes : le règne de la lumière

L’histoire de l’éclairage public prend un virage déterminant sous le règne de Louis XIV. En effet, le sentiment d’insécurité qui survient une fois la nuit tombée ne cesse d’inquiéter et oblige le souverain à prendre des mesures drastiques, notamment dans la capitale française. Dans une ordonnance datant de 1662, on raconte :

« Les vols, meurtres et accidens qui arrivent journellement en nostre bonne ville de Paris faute de clarté suffisante dans les rues, et d’ailleurs la plupart des bourgeois et des gens d’affaire n’ayant pas les moyens d’entretenir des valets pour se faire éclairer la nuit, pour vaquer à leurs affaires et négoce ».

Établissement de porte-flambeaux et porte-lanternes à louage dans la ville et faubourgs de Paris et toutes autres villes du royaume par lettres patentes du roi vérifiées en Parlement, et règlement fait par ladite cour des salaires desdits porte-flambeaux et porte-lanternes, 14 octobre 1662.

En 1666, les autorités françaises mettent donc en place un véritable programme d’illumination de l’espace public ; elles disposent ainsi un arsenal de près de 500 lanternes garnies de chandelles qu’elles placent au milieu et aux deux extrémités de chaque rue de Paris. La même année, et ce afin de célébrer les mesures prises pour éclairer les rues des villes de France, on frappe une médaille :

Médaille dessinée par l’artiste liégeois Jean Varin – avec la légende : « Urbs mundata et nocturnis facibus illustrata – la ville rendue propre et éclairée pendant la nuit par des lanternes ».[4]

À partir de la seconde moitié du 17e siècle, d’autres grandes villes européennes commencent à s’éclairer.

Amsterdam établit durablement l’illumination publique en 1669 ; Hambourg, en 1673 ; Turin et Bruxelles, en 1675 ; Berlin, en 1682 ; Copenhague, en 1683 ; Londres, entre 1684 et 1694 ; Vienne, en 1688 ; Hanovre, entre 1690 et 1694, et Dublin en 1697.[5]

Parallèlement à cette lente généralisation d’un éclairage artificiel urbain, de nombreux scientifiques se penchent sur les aspects physiques de la lumière ; de quoi est-elle faite ? Comment son intensité et sa couleur varient-t-elles ? D’autres, comme l’astronome français Jacques d’Ortous de Mairan, se questionnent sur l’impact de la lumière sur les plantes. Ainsi, en 1729, il observe que le mimosa s’ouvre à la lumière du soleil et se referme sur lui-même dans l’obscurité, même lorsqu’il est en- fermé dans un carton isolé de la lumière. Cette plante héliotrope n’est donc pas uniquement sensible à la lumière du soleil, mais aussi à un mécanisme biologique propre que l’on qualifie d’«horloge interne»[6].

Très vite, les lanternes à chandelles font place aux lampes à huile, plus durables et moins onéreuses.

Première généralisation de l’éclairage public : la lanterne à huile

En 1759, le comte Charles-Marie-Antoine de Sartine, lieutenant de police de Paris, impose le remplacement des chandelles à mèche charbonnée par de l’éclairage à l’huile. Dans la foulée il lance un concours récompensé de 2000 livres dont le gagnant sera celui qui trouvera la meilleure manière d´éclairer Paris pendant la nuit en conciliant ensemble la clarté, l´économie et la facilité de service. Bourgeois de Châteaublanc propose dans le cadre de ce concours une lanterne utilisant le principe du réverbère, inventé 20 ans plus tôt. Son modèle est récompensé en 1766 par l’Académie des Sciences. L’éclairage fourni par la lanterne de Châteaublanc est jugé équivalent à 30 chandelles. 

Gravure représentant la lanterne de Monsieur Bourgeois de Chateaublanc. Il s’agit de la première lanterne qui a réellement été posée en série dans la ville de Paris. La lanterne est composée d’une armature, d’un bec à huile et de réflecteurs métalliques qui réverbèrent la flamme produite. (Source)

Entre 1769 et 1782, on fait installer 1200 réverbères de Chateaublanc à huile dans les rues de Paris. Ces lanternes étaient constituées d’une à quatre mèches dépendant de l’endroit à éclairer. Les lanternes étaient suspendues au milieu des petites rues à l’aide de fils transversaux ou sur des consoles en fer.  Les lanternes étaient allumées et surveillées pendant la nuit par des gagne-derniers (employés de la rue) qui se voyaient confiés 20 lanternes chacun. Très vite, ce système se répand en province.

A cette époque, on parle déjà d’économie d’énergie et en 1788, l’huile de tripes est remplacée par de l’huile de colza, moins coûteuse, moins nauséabonde et fournissant une flamme plus blanche. De nombreux problèmes subsistent néanmoins. Les écoulements d’huile brûlante provoquent de nombreux accidents, les lanternes répandent toujours une odeur peu agréable et sont de plus vulnérables à une extinction lors d’un coup de vent.

Entre temps, la plupart des lanternes à huiles existantes sont détruites durant la Révolution Française de 1789. Il faudra attendre le 19e siècle et les premiers tournants de la Révolution Industrielle pour que le développement technique de l’éclairage public évolue. 

Sources

[1] HOMO Léon, Rome impériale et l’urbanisme durant l’Antiquité, Paris, Albin Michel, 1971, p. 581-584.

[2] BAST Amédée (de), Merveilles du génie de l’homme, découvertes, inventions : récits historiques, amusants et instructifs sur l’origine et l’état actuel des découvertes et inventions les plus célèbres, Paris, Paul Boizard, 1855, p. 166, [En ligne] (Source)

[3] CHRZANOVSKI Laurent et KAISER Peter (dir.), Dark ages ? Licht im Mittelalter. L’éclairage au Moyen Âge, Milan, Historisches Museum Olten, 2007, [En ligne] (Source)

[4] Médailles sur les principaux évènements du règne entier de Louis le Grand avec des explications historiques, Paris, 1723, p. 92, [En ligne] (Source)

[5] KOSLOFSKY Craig, Evening’s Empire : A History of the Night in early modern Europe, Cambridge, New York, Cambridge University Press, 2011, p.131.

[6] Verheggen Emmanuel, « Pollution lumineuse et perte de biodiversité », in L’Homme et l’Oiseau, n°2, La pollution lumineuse, 2013, p. 29-30, [En ligne](Source)

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3 Fragen an … Dr. Christel Egner-Duppich, Geschäftsführerin des Competence Center E-Business von Trier Universität

Ortsbürgermeisterin von Riol. Nach der Lehre studierte ich an der Universität Trier Betriebswirtschaftslehre, Volkswirtschaftslehre und Soziologie. Meine Promotion habe ich an der Universität Trier im Bereich Betriebswirtschaftslehre / Digitalisierung abgeschlossen.

Heute arbeite ich an der Universität Trier in der Stabsstelle des Präsidenten und bin verantwortlich für die Entwicklung von strategischen Projekten im Bereich Wissens- und Technologietransfer und Entrepreneurship. Ich leite die Kontaktstelle für Wissens- und Technologietransfer, die den Austausch zwischen Wissenschaft und Unternehmen unterstützt und bin Leiterin des Gründungsbüros Trier, das junge Menschen auf ihrem Weg in die Existenzgründung begleitet. Darüber hinaus bin ich EU-Forschungsreferentin und werbe Forschungsmitteln von der Europäischen Union für die Universität Trier ein.

Dr. Christel Egner-Duppich, Geschäftsführerin des Competence Center E-Business von Trier Universität
Denken Sie, dass Lichtverschmutzung in ihrem Dorf ein Problem ist ?

Ja. Wir stellten fest, dass fliegende Tiere durch die nächtliche Straßenbeleuchtung und Beleuchtung des Seerundweges beeinträchtigt sind. Dies führte zu Insektensterben, Orientierungsproblemen der Fledermäuse etc.Ausserdem ist die helle Straßenbeleuchtung von vielen Bürgern als schlafstörend bemängelt worden.

Betrachten Sie als Major eine Priorität, um diese Probleme zu lösen ?

Ja, wir haben der Verminderung der Lichtverschmutzung in unserer Gemeinde eine hohe Priorität eingeräumt und verfolgen Maßnahmen, um dieses Ziel zu realisieren.

Ergreifen Sie Kontrollmaßnahmen ? Was ?

Maßnahmen gegen die Lichtverschmutzung (und den Energieverbrauch) :

  • Umrüstung aller Straßenlampen auf LED
  • Dimmen der Lampen in den Nachtstunden 
  • Fledermaus- und insektenfreundliche Farben der Lampen (Gelblicht)
  • Dort wo möglich und keine Sicherheitsaspekte dagegen sprechen, keine Dauerbeleuchtung sondern bedarfsorientiert, gesteuert durch Bewegungsmelder.

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Prise en compte de la faune dans la nouvelle stratégie d’éclairement du réseau routier régional

Par Thierry Kervyn (Attaché qualifié, SPW Agriculture, Ressources naturelles, Environnement) et Denis Cornet (Directeur, SPW Infrastructures Mobilité)

Les astronautes à bord de l’ISS reconnaissent facilement la Belgique, tant la lueur générée par le réseau routier est importante… L’avènement des LED, un éclairage nettement plus efficient, a conduit le Gouvernement wallon à entamer la révision de l’éclairage nocturne de l’entièreté du réseau routier régional (routes et autoroutes de Wallonie gérées par la SOFICO ou le Service public wallon Mobilité infrastructures). La décision a été prise de remplacer l’éclairage existant par des LED et d’en assurer la maintenance au travers d’un vaste marché public d’une durée de 20 ans. L’adjudicataire de ce marché, le groupement LuWa, s’engage à éclairer juste, au bon moment et au bon endroit.
Photo prise par Thomas Pesquet, en 2017, depuis l’ISS à 400 km d’altitude. Devinez où se trouve Paris, Londres, Bruxelles et Namur…

Eclairement sans dispersion

Le nouvel équipement présente des luminaires dont l’indice ULOR est de zéro et un éclairage directif : cela permet d’éclairer uniquement la route et pas le bas-côté ni les arbres.

Optimisation de l’éclairement par dimmage

L’optimisation des économies d’énergie est réalisée grâce à l’adaptation de l’éclairage au trafic, tant par rapport au trafic moyen sur les grands axes que par rapport à la présence effective de véhicules sur les bretelles d’accès.

Régime de dimmage du dimanche au jeudi, avec un exemple d’allumage de l’éclairage public du dimanche au jeudi, de 18h à 7h du matin

Le groupement LuWa installe sur l’ensemble des passages piétons du réseau structurant de Wallonie des capteurs de présence positionnés sur les supports d’éclairage public de part et d’autre de la chaussée. Ceux-ci permettent de remonter à 100% le niveau d’éclairage des passages piétons lorsqu’un passant souhaite traverser. De même, l’éclairement est adapté aux situations particulières : conditions météorologiques difficiles, travaux, accident. A contrario, pour les bretelles d’autoroutes ou les aires de parking, en l’absence de véhicule, l’éclairement sur les voies reste fortement diminué.

Evaluation appropriée des incidences

Comme ce projet est susceptible d’impacter le patrimoine naturel hébergé dans les sites Natura 2000, et conformément à la Directive Habitats, ce projet a bénéficié d’une évaluation appropriée des incidences sur le réseau Natura 2000.

Température de couleur et distribution spectrale

Un compromis satisfaisant est pris entre l’impact de la température de couleur sur la consommation des LED et sur les capacités de perception humaines. En effet, l’œil humain distingue mieux les détails et évalue mieux les distances avec une lumière blanche « froide » qu’avec une lumière « chaude », mais la faune est moins sensibles à des couleurs « chaudes » que « froides » : en choisissant une température de couleur qui donne une lumière blanche « neutre », le meilleur compromis entre sécurité et adéquation pour l’environnement a été recherché. Autre point important, la consommation énergétique des LED est plus importante avec les couleurs chaudes : en passant d’une température de référence de 4000 K à 3200 K, la performance énergétique est diminuée de 16 %. La consommation d’énergie du réseau structurant en est alors impactée. C’est pourquoi un éclairement chaud de 2800 K est réservé aux zones de très forte sensibilité pour la biodiversité.

Pour tous les luminaires du réseau structurant situés à moins de 50 m de sites Natura 2000, de sites à statut de protection en vertu de la Loi sur la conservation de la nature LCN, de SGIB, et de passages aériens pour le gibier, les luminaires auront une température de couleur de 2800 K.

Dans les zones où la température de couleur est moins critique pour la faune, des luminaires à 4000 K seront couplés à une stratégie de dimmage personnalisée sur la zone.

Echelle de couleur de la lumière entre 800 K et 12.200 K pour un observateur (© Bhutajata)

Evitement : suppression de l’éclairage aux périodes sensibles

L’ensemble des luminaires dispose d’un équipement qui permet de dimmer l’éclairage avec une précision au point lumineux. Selon les recommandations de l’étude d’incidences, et en accord avec la SOFICO et le centre PEREX pour valider que cela ne met pas en danger la sécurité des usagers, l’éclairage est totalement coupé, sauf circonstances exceptionnelles (notamment météorologiques) :

  • dans les zones sensibles (moins de 50 m des zones Natura 2000 et sites particuliers), extinction dès 22h entre le 1er avril et le 31 octobre.
  • pour les zones abritant la barbastelle, également active en hiver, extinction dès 22h toute l’année. Ce réglage fin de l’extinction permettra de concilier au mieux les exigences de protection de la faune et de sécurité.

Communication sur l’ensemble des mesures précédentes

Les utilisateurs du réseau structurant sont d’autant plus compréhensifs des démarches particulières engagées que ces démarches leur sont expliquées de manière pédagogique. Le Groupement LuWa propose de communiquer sur les mesures de protection de la faune et de la flore de plusieurs manières :

  • à l’entrée des zones concernées par ces mesures, avec des panneaux adaptés au type de route
  • sur le site internet de la SOFICO
  • dans les aires connectées mises en place par le Groupement LuWa sur des aires de covoiturage, via les panneaux à message variable.

De plus, les comités utilisateurs mis en place par le Groupement LuWa seront l’occasion de discuter de ces mesures de réduction de la pollution lumineuse, et pourront être ajustées en fonction du ressenti des utilisateurs : ajout de zones, remontée du niveau d’éclairage dans un virage considéré comme anxiogène, etc.

L’éclairage du réseau routier régional passe au LED. C’est l’occasion de le moduler pour restreindre son impact pour la faune.

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3 Questions à … Isabelle Corten, directrice de Radiance 35

Architecte de formation, diplômée de la Cambre en 1989, Isabelle Corten intégre, en 1995, un bureau d’architecture à Bruxelles (AVA) qui s’occupait de projets d’espaces publics. Dans ce cadre, deux études lui ont permis de développer son intérêt et ses compétences dans le domaine de l’éclairage.

Après un DES en Urbanisme et un travail de fin d’études consacré aux liens entre éclairage et sentiment de sécurité, elle fonde, en 2001,  sa propre agence, Radiance35. Aujourd’hui, Isabelle Corten se consacre entièrement aux études d’urbanisme nocturne.

Isabelle Corten – Directrice de Radiance 35
Au regard de votre expérience, quels sont, aujourd’hui, les besoins de l’espace public en matière d’éclairage ?
Analyser et répondre à une problématique nocturne demande de prendre le temps pour analyser les usages de l’espace sur lequel on travaille. 
 
Usages humains, mais usages faune et flore aussi. 
 
Ce n’est qu’à partir de la compréhension de ces usages et de ces ressentis (au travers de divers outils méthodologiques participatifs) que l’on peut répondre à ces besoins.
Aujourd’hui, la question de l’éclairage, qu’il soit public ou privé, amène à celle de la pollution lumineuse. Selon vous, comment pourrions-nous mieux sensibiliser le public à cette problématique ?
Le public en est de plus en plus conscient. Nous remarquons nous-mêmes, dans nos démarches participatives, qu’il se pose directement lui-même cette question. 
 
Nous sommes juste un vecteur, ou un révélateur de cette prise de conscience. Et c’est ça qui est passionnant !
 
Ce sont parfois plus les décideurs qui doivent être sensibilisés …
Quelle est votre vision de l’éclairage en 2050 ?
Je rêverais d’une nuit plus apaisée, d’une prise en compte de tous ces usages, dans le respect de chacun et en fonction des temps de la nuit. 
 
Je rêverais d’une technologie à la pointe qui puisse répondre à cette demande, sans complexifier trop l’offre.
 
Je rêverais de décideurs qui investissent plus dans des zones actuellement délaissées.
 
Et enfin, je rêverais de plus d’interactions entre les divers acteurs et plus de personnes impliquées dans le monde de l’urbanisme nocturne.

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Facing light pollution concerns in Trier and surrounding region

Light pollution is a well-known problem due to its negative effects on human health and natural ecosystems. At the University of Trier, the Contact Point for Knowledge and Technology transfer and the Department of Physical Geography are trying to develop strategies as part of the Interreg project Smart Light – HUB, e.g. to contribute to the spread of the benefits of intelligent lighting systems or to support the further development of prototypes through to market launch.

The main goals are to reach the broadest possible public and to increase acceptance here and, with the help of an innovation transfer, to establish a strong connection between research institutions and producers.

After an initial scientific international literature review of more than 8,000 publications, the most important research groups consider the following aspects in order to coordinate them with the interest groups and the population:

  1. The light intensity ; 
  2. The composition of the spectrum ;
  3. The time and duration of the lighting in order to optimize the lighting time with the available technologies ; 
  4. The lighting periods and the control cone ; 
  5. The height and distance between the light sources to optimize the space between the light sources to reduce the light flux and unnecessary energy consumption ;
  6. The on-site environmental impact assessments ; 
  7. The analysis of actual needs and less standardized approaches, examining the evolution of usage and habits of light consumption.

Accordingly, we have aligned our main strategies to deal with these key questions as part of the SMART LIGHT-HUB (INTERREG) project, which has planned to provide intelligent lighting systems over the next three years (2019-2021), and the highest possible level of participation in the public and in politics and to reach companies that are active in the relevant subject areas.

The Smart Light HUB Project Manager from University of Trier, Dr. Jesús Rodrigo-Comino, at the event “City Campus” in Trier.

To this end, as part of a cross-border network in the Greater Region, we are building an R&D network in the Trier region. This serves to develop new collective solutions for needs that have so far not been taken into account in the private and public sector with regard to lighting. We noticed that there are regional differences in defining the main issues to be resolved. In the Trier area, these are more in the area of ​​private areas, in Luxembourg and Belgium more in the area of ​​road traffic and the lighting of public areas. We are planning exchange workshops that will serve to implement the project and affect the interested parties on site (authorities, municipalities, public-private sector, private companies, etc.) and external participants who represent the end users. We also want to work on human perception and capture the opinions of children, teachers and researchers. All of this will be a fantastic opportunity to face an environmental problem with increasing expansion around the world.

The Smart Light HUB Project managers from the University of Trier :

  • Dr Jesús Rodrigo-Comino  
  • Stephan Seeling 
  • Dr Christel Egner-Duppich  
  • Teresa Benzing  
  • Ashwini Trivedi  
  • Dr Manuel Seeger  
  • Prof. Dr. Johannes B. Ries

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3 Questions à … Claire Brabant, Naturaliste chez Natagora

Depuis très jeune je suis intéressée par les chauves-souris. Les chauves-souris sont très sensibles à la pollution lumineuse, ce sont des espèces dites lucifuges, des espèces qui fuient la lumière. Depuis toute jeune, j’aime me promener la nuit à la recherche de mes espèces favorites.

En 2017, je suis engagée à Natagora comme chargée de mission « chauve-souris » à Bruxelles. Cette même année, je participe à une étude sur les chauves-souris dans la zone spéciale de conservation 2 au Parc Fond’Roy et au Parc de Wolvendael, ces parc semblent très intéressants pour les chauves-souris, mais malgré ça il y a peu d’espèce et très peu de contacts. L’explication de cette faible présence des chauves-souris sont les routes éclairées autour des sites qui semblent être une barrière infranchissable pour beaucoup d’espèce de chauves-souris.

En 2018-2019, je réalise une courte étude sur la pollution lumineuse à Bruxelles, son impact sur les chauves-souris et je détermine une trame sombre qu’il faudrait mettre en place pour préserver les chauves-souris. C’est donc par mon intérêt pour les chauves-souris et leur étude que je me suis intéressée à l’impact de la pollution lumineuse.

Lorsque Natagora a proposé de participer au projet Smart Light Hub je me suis portée volontaire pour participer au projet et j’ai ainsi pu découvrir l’impact de la pollution lumineuse sur d’autres taxons.

Claire Brabant – Naturaliste chez Natagora au sein du pôle Plecotus (chauves-souris), et qui a été mandatée par le projet Smart Light HUB pour participer à l’étude de terrain.
Pourquoi en sommes-nous à parler de pollution lumineuse aujourd’hui ?

L’impact de la pollution lumineuse est connu depuis longtemps, mais depuis peu de nouveaux plans lumière voient le jour en Belgique. Ces nouveaux plans lumière ont comme lignes directrices le remplacement des lampes sodium obsolètes en lampes LED, ainsi que la modernisation des infrastructures d’éclairage. Le remplacement des ampoules à incandescence classique par un éclairage LED permet une réduction importante d’énergie, mais la lumière blanche et bleue qu’il diffuse est plus impactante pour la faune et la flore. Mais les LED permettent aussi une plus grande manœuvrabilité, il est possible de faire varier la lumière à moindre coût, on peut changer l’intensité, la couleur, la température de lumière… bien plus facilement que pour les lampes à sodium. Il est donc possible avec les moyens actuels de trouver et d’utiliser des solutions alternatives moins coûteuse qu’avant et beaucoup moins impactante pour la faune et la flore. Il faut aussi profiter des conditions actuelles de changement de lampes pour parler pollution lumineuse.

Les humains sont-ils plus vulnérables que certaines espèces dans le noir ?

De nombreuses espèces ont évolué pour vivre dans le noir le plus complet, les chauves-souris utilisent les ultrasons pour se déplacer, les rapaces nocturnes ont des très grands yeux et une ouïe extrêmement fine, les chats ont une membrane dans l’œil qui réfléchit la lumière, les rongeurs ont des moustaches hypersensibles… Pour certaines de ces espèces, l’obscurité permet d’échapper plus facilement aux prédateurs, même si nombre d’entre eux sont aussi actifs la nuit… D’autres cherchent plutôt à fuir l’écrasante température de la journée. Vivre la nuit peut aussi limiter la compétition avec les espèces du jour pour la nourriture, l’eau et l’espace. Enfin d’autres espèces vivent la nuit pour éviter les humains, c’est le cas par exemple du loup, qui est diurne en Alaska ou en Sibérie, mais nocturne dans les régions peuplées, comme en France, pour éviter les humains.

Selon vous, est-il nécessaire d’éclairer les espaces publics ?

L’éclairage des espaces public peut-être nécessaire à différents niveaux, dans certains lieux et  à certains moments.

D’un point de vue sécuritaire, sur certaines routes sinueuses, par exemple, la lumière peut aider à appréhender les virages. Il permet aussi d’identifier les différents usagers, comme les piétons, et de percevoir leur comportement, et de détecter les obstacles éventuels de la voirie. L’éclairage participe à la convivialité et à l’embellissement des espaces publics en mettant en valeur le patrimoine et en créant des ambiances nocturnes agréables, propices à la flânerie et au commerce. Cela est utile lorsque le soleil se couche à 17h en hiver, l’éclairage public permet d’augmenter la période de « jour ».

Mais, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’éclairer toute la nuit, avec une intensité d’éclairage important et une lumière avec un spectre lumineux blanc-bleue très dérangeante pour la faune et la flore.

Il faut se réconcilier avec la nuit qui répond au besoin biologique (production de mélatonine) pour dormir. Des expériences montrent que la convivialité augmente avec une lumière diminuée. Les effets sécuritaires de l’éclairage ne sont pas scientifiquement démontrés, comme les cambriolages. Il faut éclairer quand on en a besoin : une extinction même partielle permet de réaliser jusqu’à 50% d’économie. Éclairer un monument historique en permanence revient le plus souvent à le banaliser alors que l’éclairer à certaines occasions contribuerai à le mettre en évidence et à rappeler son existence. Il a également été démontré que les villes dont l’éclairage s’éteint après minuit constatent une diminution des actes de vandalismes comme les graffitis, les dégradations et les tapages nocturnes.

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La pollution lumineuse – qu’est-ce que c’est ?

Lorsqu’on nous parle de pollution, nous pensons d’abord à la pollution de l’air ou à celle des océans (de l’eau) ; rarement à la pollution lumineuse. Pourquoi ? Peut-être parce que nous la connaissons mal et que nous l’estimons, à priori, peu néfaste pour notre santé, notre environnement ou notre cadre de vie ? C’est faux ! Des études scientifiques désormais de plus en plus nombreuses démontrent que la pollution lumineuse a un impact certain sur nos rythmes biologiques comme sur ceux des animaux, pouvant affecter notre santé (ex. troubles du sommeil). Mais qu’est-ce “la pollution lumineuse” ?

La pollution lumineuse est un excès nocturne (3) de production lumineuse en milieu ouvert, d’origine humaine, conduisant à dégrader la perception de l’environnement.

Selon l’Union Astronomique Internationale, il y a pollution lumineuse lorsque la lumière artificielle propagée dans le ciel nocturne est supérieure à 10% de sa luminosité naturelle, la nuit. En 2001, une étude publiée par la Royal Astronomical Society (Londres), estimait que la pollution lumineuse impactait 19% des terres émergées, 62% de la surface des Etats-Unis et 85% de la surface de l’Union Européenne (1 et 1a).

Qui sont les grands contributeurs de la pollution lumineuse ?

Principalement concentrés dans les zones urbaines et péri-urbaines, ils sont directement liés à nos modes de vie. Ce sont tous ces éclairages artificiels qui fonctionnent en abondance comme les enseignes publicitaires, les vitrines de magasins, les éclairages urbains, les bureaux éclairés la nuit, les spots sensibles aux mouvements placés aux abords des jardins, des maisons, des entrepôts, les stades de foot, les aéroports, …

Cette accumulation de sources d’éclairages artificiels publics ou privés, trop puissants, trop nombreux, mal conçus ou mal orientés provoquent de la pollution lumineuse qui forme au-dessus des agglomérations des sortes de dômes orangés, des halos lumineux parfois visibles de très loin (11).

 La pollution lumineuse de la ville de Toulouse, le 6 août 2010. © afp.com/REMY GABALDA

Quels sont les facteurs déterminants de la pollution lumineuse ?

1. L’utilisation d’installations d’éclairage peu performantes : De nombreux dispositifs ne concentrent pas la lumière sur la zone à éclairer, d’autres ne rabattent pas convenablement le rayonnement vers le sol. Il en résulte une perte directe d’énergie dont le rendement déplorable engendre également une mauvaise qualité d’éclairage en provoquant l’éblouissement des usagers (2).

Good and bad lighting fixtures © Cities at Night by Alejandro Sánchez de Miguel et al.

2. Des installations trop puissantes : il peut s’agir soit d’un trop grand nombre de points lumineux sur un secteur donné, soit de la puissance exagérée installée sur le dispositif. Ces situations sont fréquentes et se produisent pour des raisons diverses : arguments commerciaux, sensation de sécurité, recherche d’un certain esthétisme.

Le lampadaire « boule », où comment gaspiller 60 % de l’éclairage qui n’est pas dirigé vers le sol ! © A. Le Gué, ANPCEN

3. Une durée de fonctionnement supérieure aux besoins réels.

On voit régulièrement l’éclairage public dans des zones résidentielles éclairées à forte puissance à des heures tardives dans la nuit quand il n’y a plus de passage. La même chose est observée dans des zones commerciales ou des zonings industriels désertés de toute activité économique pendant la nuit.

4. Les types de lumière

La lumière est une onde électromagnétique, caractérisée par une distribution spectrale (9) perçue comme une couleur. Des études scientifiques menées sur les impacts sur l’environnement (humain, animal, végétal) de différents spectres lumineux mettent en évidence que certains spectres ont des effets pénalisant sur le vivant et la santé humaine (ex. troubles du sommeil, problèmes de vue, …). En ce sens, les types de lumière sont de plus en plus pris en compte comme un paramètre de la pollution lumineuse.

Que sait-on des impacts de la pollution lumineuse sur l’environnement, la santé ?

De nombreux scientifiques travaillent pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les impacts néfastes de cette pollution sur la santé mais aussi sur l’environnement (faune, flore, écosystèmes) (4).

  1. Chez l’être humain, la pollution lumineuse est suspectée d’altérer le système hormonal et la sécrétion de la mélatonine qui affecte le sommeil, le vieillissement et favoriserait développement de tumeurs. Chez les animaux – comme chez l’homme – la pollution lumineuse peut affecter rythmes biologiques, activités nocturnes, migrations, …. Quant aux spectres lumineux, des études suggèrent qu’au fil du temps, une exposition à la partie bleue du spectre de lumière (ex : téléviseurs, ordinateurs, ordinateurs portatifs, téléphones intelligents, tablettes) est susceptible de causer des dommages à long terme comme par exemple des dommages à la rétine et contribuer à la dégénérescence maculaire liée à l’âge qui peut entraîner la cécité. La couleur perçue d’une source lumineuse résulte d’une somme d’émissions à différentes longueurs d’ondes. C’est la composante dominante qui est perçue par l’œil humain. Il est bon de noter que la sensibilité des yeux d’autres espèces vivantes est différente de la nôtre. Dès lors ce qui peut être considéré comme bon ou acceptable pour l’homme ne l’est pas nécessairement pour l’animal.
Les longueurs d’ondes sont mesurées en nanomètres (nm). Un nanomètre est égal à un milliardième de mètre. DMLA* : Dégénérescence maculaire liée à l’âge (8) (Source)

Des solutions d’éclairage nocturne à compositions spectrales émettant dans les longueurs d’ondes vertes ou rouges moins nocives pour l’homme et qui – tout en restant parfaitement visibles pour l’Homme – s’accompagnent d’une moindre perturbation de l’environnement, de la faune nocturne comme du cycle du sommeil (10) commencent à être développées et testées.

A titre d’exemple, les chercheurs ont identifié la composante bleue de la lumière blanche comme étant celle qui donne le signal du réveil le matin ; par contre pour le repos il faudrait privilégier une lumière douce et chaude à dominante rouge, propice à l’endormissement (13). Les hormones de la « satiété » sont stimulées par la présence des couleurs vert et bleu le matin – après une nuit « courte », l’exposition à la lumière verte ou bleue augmenterait la concentration de leptine réduisant le signal de « faim ». La nuit, l’exposition à la lumière blanche, au rouge et au bleu augmente l’attention (ne pas confondre avec la performance!) et réduit la somnolence. L’après-midi seule la lumière rouge a un effet sur la réduction de la somnolence et l’augmentation de l’attention (12).

  1. D’un point de vue comportemental, la pollution lumineuse entraîne des réponses de type attraction/répulsion et orientation/désorientation. Certains animaux s’éloignent de la source de lumière et au contraire d’autres, en s’approchant des éclairages artificiels, peuvent entrer en collision avec les grandes structures éclairées, se déshydrater voire se brûler au contact des lampes et devenir des proies ce qui peut amener à une diminution des individus de certaines espèces (5).
  2. Elle réduit la visibilité du ciel nocturne et sur le plan économique, conduit à une dépense inutile quand la lumière produite est dirigée vers le ciel.

Quelles sont les initiatives liées à la lutte contre la pollution lumineuse 

Petit à petit, la communauté scientifique a attiré l’attention des pouvoirs publics sur les dangers de cette pollution et une prise de conscience s’est faite. Elle se traduit par des mesures concrètes voire contraignantes à des échelles plus ou moins grandes. Ainsi des communes signent des chartes d’éclairage durable, des règlementations visant les éclairages des bâtiments commencent à être mis en place. Des décrets sont pris pour règlementer l’utilisation des éclairages dans différents espaces.

Sur base de recherches récentes, de nouvelles normes sont établies pour guider les fabricants d’éléments d’éclairage. Des indications concernant les consommations sont également formulées via des études d’éclairages sur base des besoins réels. Des cahiers de charges pour le choix des luminaires et le recours à des technologies de systèmes de commande à distance d’appareils sont encouragés (6).

A cela s’ajoute aussi un important travail de sensibilisation et d’information de la population et d’autres catégories de publics sur la pollution lumineuse et les mesures à prendre pour limiter ses impacts.

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