3 questions à … Laurent Spithoven, gestionnaire de projets au Parc Naturel de l’Our, Luxembourg

Diplômé en écologie, Laurent Spithoven a rejoint en 2012 les équipes du Parc Naturel de l’Our, syndicat intercommunal réunissant 8 communes rurales au Nord du Luxembourg, dont l’objectif principal est la conservation des paysages dignes de protection, tout en permettant le développement économique dans la région. A partir de 2012, Laurent est devenu gestionnaire de projet au sein du Parc Naturel de l’Our et s’occupe principalement  de projets environnementaux comme Le Partenariat de cours d’eau et le Pacte Climat, programme national de protection du climat qui soutient les efforts des communes participantes / membres pour réduire la consommation d‘énergie et les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire communal.

A partir de janvier 2017, Laurent est en charge du projet Interreg Europe Night Light dont l’objectif est de lutter activement contre la pollution lumineuse d’ici à 2021 et de valoriser davantage l’obscurité naturelle du ciel nocturne ; début 2019 le Parc est devenu partenaire méthodologique du projet Interreg Smart Light-Hub.

Laurent Spithoven – Naturpark Our © Joëlle Mathias
Comment agissez-vous au quotidien pour limiter votre impact sur la pollution lumineuse ?

C’est une question assez compliquée ! Le projet Interreg Europe Night Light a la possibilité d’établir une stratégie régionale afin de lutter contre et limiter la pollution lumineuse. On a profité de cet échange européen pour s’informer sur le sujet et en savoir plus sur la pollution lumineuse et quels en sont les effets néfastes sur l’environnement. L’objectif de ce projet est d‘établir un plan d’action régional pour réagir à la problématique de la pollution lumineuse et afin de valoriser la qualité naturelle du ciel nocturne.

Ciel nocturne – Naturpark Our © Pierre Haas

Afin d’atteindre ces objectifs, nous avons commencé par demander à nos communes membres de participer à la création d’un groupe de travail régional, auquel se sont joints d’autres acteurs locaux et régionaux intéressés par cette thématique ; nous avons également invité des acteurs nationaux à participer. Le résultat de ce travail est un plan d’action que nous avons finalisé fin 2019 et posé sur 3 piliers : 

Ier pilier : faire des projets pilotes pratiques avec les communes, afin de réaliser une amélioration de l’infrastructure de l’éclairage public, dans le but que ce projet nous aide à trouver les meilleures solutions et avoir un échange avec tous les acteurs afin de voir quelles sont les solutions techniques. Ces projets ne sont pas réalisables sans l’expertise des personnes qui ont les connaissances en la matière, c’est à dire du IIème pilier.

Le IIème pilier consiste en la mise sur pieds d’un conseil en éclairage, qui a débuté en 2019 et qui est en train de conseiller les communes, les entreprises et les habitants (les 3 publics cibles du projet) au niveau de l’existence d’un bon éclairage qui respecte l’environnement et explique la problématique de la pollution et de ce qu’on peut faire pour l’éviter. Ce IIème pilier avec ce conseil nous aide à réaliser le Ier pilier en entrant en contact avec les PME et les habitants de la région.

C’est ainsi que nous arrivons au IIIème pilier du projet : le grand public. L’information sur la problématique et la sensibilisation du public large à la thématique de la pollution lumineuse. Même si dans les années précédentes nous avons travaillé pour expliquer ce qu’est la pollution lumineuse, on observe le fait qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ne savent pas ce qu’est cette problématique, car c’est une matière complexe ; il faut que le public comprenne en quoi elle consiste et ce qu’il faut faire pour la combattre.

Dans le IIIème pilier nous avons mis sur pieds le Festival Night Light & More, festival qui transgresse ou touche toujours la problématique de la pollution lumineuse, mais à travers des activités qui invitent à une expérience qui peut être culturelle ou naturelle (balades, festivités, marches) et qui aide le public à prendre conscience de la problématique de la pollution lumineuse. On veut ainsi informer le public sur le sujet et le sensibiliser à la pollution lumineuse, lui expliquer ce qu’il peut faire pour améliorer la situation.

Selon vous, comment peut-on combiner éclairage respectueux de l’environnement et développement durable ?

L’un implique l’autre : si on installe un éclairage respectueux de l’environnement, c’est quelque chose qui est en totale concordance avec le développement durable. Ce qui est très important à savoir c’est que notre habitude d’éclairer lors du dernier siècle a changé : on s’est habitué à tout éclairer et on trouve que c’est important d’éclairer les villes et les villages. A cela, s’ajoute le devoir d’allumer les lampes pendant la nuit et c’est devenu une habitude de voir les lampadaires allumés même à 3h du matin. Cette habitude est une des causes de la pollution lumineuse car on n’a pas pensé aux effets néfastes de la lumière sur l’environnement. Aujourd’hui, on est conscient de la problématique de la pollution lumineuse et on a des solutions techniques pour l’éviter et pour montrer qu’un éclairage respectueux de l’environnement est possible.

Nuit dans la vallée de l’Our – Naturpark Our © Pol Bourkel

Au niveau du développement durable, la grande question est « comment peut-on repenser nos habitudes ? ». On éclaire pour une raison : qu’il s’agisse pour une question de sécurité, d’orientation, de sécurité au travail, etc… et l’idée n’est pas de dire que maintenant « on doit tout éteindre », car notre société est en train de se développer du point de vue démographique, économique et industriel. Parce que l’on sait qu’il existe des problèmes avec l’éclairage, il faut pouvoir être capable d’utiliser l’éclairage de manière responsable, en le combinant à des solutions techniques respectueuses de l’environnement, en parallèle à notre développement économique. L’intégration de ces principes d’utilisation de l’éclairage dans nos habitudes d’utilisation de la lumière est une des solutions. Et si on arrive à faire comprendre cela et surtout à le réaliser, on contribue au développement durable de notre société.

Prenons un exemple : si on informe les habitants d’un village qu’il y a une grande colonie de chauves-souris installée dans l’église du village et qu’en parallèle on informe les habitants que l’éclairage public à un impact négatif sur la vie de la colonie de ces animaux nocturnes ; il serait plus simple d’expliquer aux habitants qu’il faudrait éteindre les lampes à partir de certaines heures dans la nuit pour que les chauves-souris puissent avoir leur place. Mais pour arriver à ce niveau de compréhension, il faut beaucoup travailler au niveau de la sensibilisation. Si la population comprend qu’on peut éclairer d’une autre manière, par exemple en diminuant de 50 % l’éclairage dans le village à partir de 22h, ils seront d’accord car on leur a expliqué au préalable.

Quelle est, selon vous, l’innovation la plus prometteuse pour lutter contre la pollution lumineuse ?

L’innovation la plus prometteuse est aussi l’innovation la plus dangereuse : La technologie LED.

Car l’actuelle LED augmente la pollution lumineuse en Europe (c’est démontré que les spectres bleus occupent une grande partie dans la composition de la lumière et ces spectres bleus polluent plus, car ils sont beaucoup plus dispersés dans l’atmosphère que d’autres spectres. Les LED de 1ère génération avaient une lumière très froide, avec un haut pourcentage de spectre bleu ce qui a amené à une rapide augmentation globale de la pollution lumineuse.  Mais ce n’est pas impossible de limiter le spectre bleu dans la composition de la lumière.

De l’autre côté, les LED offrent plus de possibilités d’intervention et d’efficacité, comme par exemple :

  1. Diminuer la consommation énergétique
  2. Orienter et offrir plus de possibilités d’adapter la puissance des LED à la nécessité de l’éclairage  
  3. Faire des full CUT-OFF (les lentilles des LED peuvent être utilisées très finement …. )

On peut faire des lignes d’éclairage, par exemple seulement sur la route ou seulement sur un trottoir, dans le but de faire des couloirs de lumière ; c’est plus facile qu’auparavant avec les ampoules au sodium qui étaient plus diffuses au niveau de l’éclairage. Et cela, c’est un grand atout de la LED ! On peut avoir des répartitions très fines, car on peut éclairer, diriger ce que l’on veut et de la manière que l’on veut.

Il y aura toujours un besoin en éclairage public, mais il faut le repenser, se demander si le besoin est toujours celui d’il y a 50 ans. Le Guide National de l’Eclairage Public au Luxembourg est un document très important car il donne des indications très précieuses aux autorités publiques pour aborder la lutte contre de la pollution lumineuse. Le Parc de l’Our, vu son expérience et son implication dans la problématique de la pollution lumineuse a contribué en tant qu’expert aux groupes de travail mis en place par le Ministère de l’Environnement pour la réalisation de ce guide, document qui est disponible sur leur site.

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