3 Questions à … Claire Brabant, Naturaliste chez Natagora

Depuis très jeune je suis intéressée par les chauves-souris. Les chauves-souris sont très sensibles à la pollution lumineuse, ce sont des espèces dites lucifuges, des espèces qui fuient la lumière. Depuis toute jeune, j’aime me promener la nuit à la recherche de mes espèces favorites.

En 2017, je suis engagée à Natagora comme chargée de mission « chauve-souris » à Bruxelles. Cette même année, je participe à une étude sur les chauves-souris dans la zone spéciale de conservation 2 au Parc Fond’Roy et au Parc de Wolvendael, ces parc semblent très intéressants pour les chauves-souris, mais malgré ça il y a peu d’espèce et très peu de contacts. L’explication de cette faible présence des chauves-souris sont les routes éclairées autour des sites qui semblent être une barrière infranchissable pour beaucoup d’espèce de chauves-souris.

En 2018-2019, je réalise une courte étude sur la pollution lumineuse à Bruxelles, son impact sur les chauves-souris et je détermine une trame sombre qu’il faudrait mettre en place pour préserver les chauves-souris. C’est donc par mon intérêt pour les chauves-souris et leur étude que je me suis intéressée à l’impact de la pollution lumineuse.

Lorsque Natagora a proposé de participer au projet Smart Light Hub je me suis portée volontaire pour participer au projet et j’ai ainsi pu découvrir l’impact de la pollution lumineuse sur d’autres taxons.

Claire Brabant – Naturaliste chez Natagora au sein du pôle Plecotus (chauves-souris), et qui a été mandatée par le projet Smart Light HUB pour participer à l’étude de terrain.
Pourquoi en sommes-nous à parler de pollution lumineuse aujourd’hui ?

L’impact de la pollution lumineuse est connu depuis longtemps, mais depuis peu de nouveaux plans lumière voient le jour en Belgique. Ces nouveaux plans lumière ont comme lignes directrices le remplacement des lampes sodium obsolètes en lampes LED, ainsi que la modernisation des infrastructures d’éclairage. Le remplacement des ampoules à incandescence classique par un éclairage LED permet une réduction importante d’énergie, mais la lumière blanche et bleue qu’il diffuse est plus impactante pour la faune et la flore. Mais les LED permettent aussi une plus grande manœuvrabilité, il est possible de faire varier la lumière à moindre coût, on peut changer l’intensité, la couleur, la température de lumière… bien plus facilement que pour les lampes à sodium. Il est donc possible avec les moyens actuels de trouver et d’utiliser des solutions alternatives moins coûteuse qu’avant et beaucoup moins impactante pour la faune et la flore. Il faut aussi profiter des conditions actuelles de changement de lampes pour parler pollution lumineuse.

Les humains sont-ils plus vulnérables que certaines espèces dans le noir ?

De nombreuses espèces ont évolué pour vivre dans le noir le plus complet, les chauves-souris utilisent les ultrasons pour se déplacer, les rapaces nocturnes ont des très grands yeux et une ouïe extrêmement fine, les chats ont une membrane dans l’œil qui réfléchit la lumière, les rongeurs ont des moustaches hypersensibles… Pour certaines de ces espèces, l’obscurité permet d’échapper plus facilement aux prédateurs, même si nombre d’entre eux sont aussi actifs la nuit… D’autres cherchent plutôt à fuir l’écrasante température de la journée. Vivre la nuit peut aussi limiter la compétition avec les espèces du jour pour la nourriture, l’eau et l’espace. Enfin d’autres espèces vivent la nuit pour éviter les humains, c’est le cas par exemple du loup, qui est diurne en Alaska ou en Sibérie, mais nocturne dans les régions peuplées, comme en France, pour éviter les humains.

Selon vous, est-il nécessaire d’éclairer les espaces publics ?

L’éclairage des espaces public peut-être nécessaire à différents niveaux, dans certains lieux et  à certains moments.

D’un point de vue sécuritaire, sur certaines routes sinueuses, par exemple, la lumière peut aider à appréhender les virages. Il permet aussi d’identifier les différents usagers, comme les piétons, et de percevoir leur comportement, et de détecter les obstacles éventuels de la voirie. L’éclairage participe à la convivialité et à l’embellissement des espaces publics en mettant en valeur le patrimoine et en créant des ambiances nocturnes agréables, propices à la flânerie et au commerce. Cela est utile lorsque le soleil se couche à 17h en hiver, l’éclairage public permet d’augmenter la période de « jour ».

Mais, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’éclairer toute la nuit, avec une intensité d’éclairage important et une lumière avec un spectre lumineux blanc-bleue très dérangeante pour la faune et la flore.

Il faut se réconcilier avec la nuit qui répond au besoin biologique (production de mélatonine) pour dormir. Des expériences montrent que la convivialité augmente avec une lumière diminuée. Les effets sécuritaires de l’éclairage ne sont pas scientifiquement démontrés, comme les cambriolages. Il faut éclairer quand on en a besoin : une extinction même partielle permet de réaliser jusqu’à 50% d’économie. Éclairer un monument historique en permanence revient le plus souvent à le banaliser alors que l’éclairer à certaines occasions contribuerai à le mettre en évidence et à rappeler son existence. Il a également été démontré que les villes dont l’éclairage s’éteint après minuit constatent une diminution des actes de vandalismes comme les graffitis, les dégradations et les tapages nocturnes.

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